Vous avez craqué sur un écheveau teint à la main, sur sa couleur, sur son toucher, peut-être sur le nom de la teinturière imprimé sur l’étiquette. Vous rentrez, vous sortez vos aiguilles, vous cherchez le bout du fil, et là vous comprenez que ça ne se tricote pas comme une pelote du commerce.

Rassurez-vous, vous n’avez rien raté. Un écheveau ne se tricote jamais tel quel. Si vous tirez un fil pour commencer votre rang, vous obtenez un paquet de nœuds en quelques minutes. Il faut d’abord en faire une pelote, ce qu’on appelle aussi un cake.

Préparer un écheveau de laine n’a rien de compliqué une fois qu’on a vu le geste. À la fin de cet article, vous saurez faire une pelote à partir de n’importe quel écheveau, de deux façons. À la main, avec deux chaises, quand vous n’avez pas encore de matériel. Et avec un dévidoir et un bobinoir, quand vous tricotez assez de laine artisanale pour investir.

Vous préférez regarder plutôt que lire ? La vidéo ci-dessous montre les deux méthodes en entier, de l’écheveau fermé au cake terminé, avec les gestes en temps réel.

Pourquoi un écheveau ne se tricote pas tel quel

Un écheveau, c’est un grand cercle de fil, plié en deux puis torsadé sur lui-même pour tenir dans la main. C’est sous cette forme que sont vendues la plupart des laines teintes à la main. Une pelote du commerce se déroule toute seule, par le fil intérieur ou par le fil extérieur. Un écheveau, lui, n’a pas de point de départ. Le fil y est rangé en boucle continue et il faut lui en redonner un.

Certaines marques plus classiques proposent aussi quelques gammes en écheveau. Dans tous les cas, le geste est le même. Ouvrir l’écheveau pour retrouver le cercle, puis enrouler ce cercle en pelote.

Déplié, l’écheveau redevient ce grand cercle de fil.

Un écheveau de laine rose tenu ouvert à deux mains, formant un grand cercle de fil

Avant d’enrouler quoi que ce soit, repérez les deux bouts de la laine. Un côté de l’écheveau correspond à la pliure. L’autre porte le début et la fin du fil, souvent tenus ensemble par un nœud un peu plus gros que les autres. L’étiquette n’est pas un repère fiable, elle peut se trouver n’importe où sur l’écheveau.

Ensuite, dénouez la boucle qui ferme l’écheveau en tirant doucement dessus, et dépliez le tout pour retrouver un cercle franc.

Ce que je vérifie avant de commencer

Une fois le cercle ouvert, il doit être homogène, avec tous les brins à peu près à la même tension. Écartez les mains à l’intérieur du cercle pour repérer les fils trop lâches ou trop serrés, et remettez-les à niveau.

L’écheveau est maintenu par de petits liens, perpendiculaires au fil principal, plus ou moins nombreux selon la marque. Leur rôle est de garder chaque portion du cercle à sa place pendant le transport.

Le point à surveiller, c’est qu’aucun brin ne croise ces liens ni ne tire dessus de travers. Sur un écheveau qui a une attache tous les 20 cm, le risque est faible. Sur un écheveau qui n’en a que trois ou quatre, un brin mal rangé passe facilement inaperçu, et c’est lui qui fera le nœud pendant le bobinage. Prenez trente secondes pour suivre chaque lien du regard et démêler les brins qui se croisent avant qu’ils ne posent problème.

Sans matériel, deux chaises suffisent

Pas de bobinoir, pas de dévidoir ? On fait une pelote de laine à la main, avec deux dossiers de chaise. Un proche très patient qui tend les bras fonctionne aussi, mais le dossier de chaise fatigue moins tout le monde.

Prenez un petit écheveau pour tester cette méthode. À la main, une grosse pelote est longue à monter donc un test sur un petit écheveau vous dira si cette méthode vous convient ou non. Posez le cercle de fil sur les deux dossiers, écartez les chaises jusqu’à ce qu’il soit tendu, et placez l’ensemble assez haut pour ne pas forcer sur votre dos.

Écheveau de laine rose tendu autour du dossier d'une chaise pour être bobiné à la main

Coupez le dernier lien, dégagez le brin d’attache, et repérez le bout extérieur, celui qui se déroule sans résistance quand vous tirez. Enroulez ce fil autour de trois doigts, ou autour d’un crayon ou d’un rouleau de carton si vous préférez un support. Déroulez deux tours depuis la chaise, enroulez, puis changez d’angle régulièrement. D’abord perpendiculaire à ce que vous avez déjà enroulé, ensuite en diagonale d’un côté, puis de l’autre. Ce changement de sens permanent donne une pelote qui tient debout, au lieu d’un petit tas aplati.

Le résultat fait le travail, mais il a une limite. Vous ne pourrez tricoter que par le bout extérieur. Le fil central reste pris dans la pelote et n’est pas récupérable avec cette méthode.

Avec un dévidoir et un bobinoir

J’ai acheté mon bobinoir en 2020, cinq ans après avoir commencé à tricoter. J’avais fini par en avoir assez de coincer mes écheveaux entre deux chaises à chaque nouvelle laine.

Il y a deux outils. Le dévidoir, ce parapluie qui tient le cercle tendu et tourne tout seul pendant que vous bobinez. Et le bobinoir, la petite manivelle qui enroule le fil en cake régulier. Les modèles se valent, en plastique comme en bois. J’ai mis les liens vers les miens sous la vidéo.

Bobinoir à manivelle fixé au bord d'une table, le fil de laine passé au-dessus vers le guide

Trois points comptent à l’installation. Le bobinoir se pince sur un plateau de 2 à 4 centimètres d’épaisseur, et il faut serrer jusqu’à ce que la base ne bouge plus du tout. Le petit guide métallique doit être entièrement déplié et aligné avec le corps de l’outil, sinon le fil accroche. Enfin, placez le dévidoir en face, à l’autre bout de la table, ouvert à peu près au tiers de sa hauteur. Posez l’écheveau dessus, puis élargissez jusqu’à ce que le cercle soit tenu sans forcer. Tendu, mais pas au point de tirer sur la laine.

Écheveau de laine bleue tendu sur un dévidoir parapluie en bois

Avant de bobiner, détordez l’écheveau sur le dévidoir. Si les brins plongent vers le bas d’un côté, c’est qu’il est encore vrillé. Remettez tous les fils bien parallèles. Coupez ensuite les liens à deux brins, gardez celui à quatre pour la fin, et dégagez le début et la fin de la laine.

Le fil intérieur demande une précaution. Repérez-le, il part vers le centre du dévidoir, et coincez-le à l’arrière de l’écheveau. S’il pend et se détend, il s’enroule autour de l’axe du dévidoir et bloque tout le mécanisme.

Accrochez le fil extérieur dans l’encoche du bobinoir, passez-le dans le guide, puis faites un ou deux tours de manivelle à la main pour vérifier que c’est bien lui qui se déroule, sans nœud. Sur la vidéo, j’ai justement trouvé un petit nœud à ce moment-là. J’étais contente de ne pas l’avoir découvert à mi-bobinage.

Ensuite, bobinez. Au début, retenez le fil d’une main pour lui donner un peu de tension, le temps qu’il se tende entre les deux outils. Tournez doucement. Quand le dévidoir se met à tourner seul, vous pouvez accélérer, mais gardez le même sens de manivelle du premier au dernier tour. Si quelqu’un prend le relais, prévenez-le, on ne change pas de sens en cours de route.

Pour retirer le cake, glissez les deux mains sous la laine, entre le fil et le support en plastique, jusqu’au centre, puis soulevez. Si vous ne descendez pas jusqu’au cœur du cake, le centre reste accroché au support et se déforme. Sur une laine élastique comme un mérinos, ce centre se resserre un peu une fois le cake retiré. Sur un fil végétal, beaucoup moins. C’est normal dans les deux cas.

Vous avez maintenant accès à vos deux bouts. Le fil central est sécurisé dans la fente du cake, le fil extérieur est posé dessus. À vous de choisir par lequel commencer. Pour ma part je tricote par l’extérieur, quitte à ce que le cake roule un peu.

En résumé

Un écheveau, c’est un cercle de fil à rouvrir puis à enrouler en pelote. Repérez les deux bouts, gardez le nœud à quatre brins pour la fin, et vérifiez qu’aucun brin ne croise les attaches. Ensuite, deux chaises et vos doigts, ou un dévidoir et un bobinoir. La méthode avec outils va plus vite, donne un cake régulier et vous laisse les deux bouts. La méthode à la main ne coûte rien et dépanne très bien, mais elle ne vous laisse que le fil extérieur.

À gauche, une pelote roulée à la main. À droite, un cake formé au bobinoir.

L’opération inverse existe aussi, refaire un écheveau à partir d’une pelote avant un lavage ou une teinture. On enroule alors la laine autour d’un support de largeur fixe, le dos d’une chaise ou le dévidoir déplié, au lieu du bobinoir.

Et vous, pour votre prochain écheveau, vous partez sur les deux chaises ou vous investissez dans un dévidoir ?

À bientôt pour de nouvelles aventures créatives !